Alors que depuis deux ans, la crise sanitaire liée au Covid-19 a concentré l’attention médiatique, la problématique de la santé disparaît au profit de déclarations électoralistes autour des questions d’immigration ou de sécurité.

Son absence des débats politiques de l’élection présidentielle nous inquiète.

Pourtant, la pandémie a mis en lumière les dysfonctionnements de notre système de santé, ses fragilités, l’abandon d’un modèle solidaire par les politiques de santé successives. Notre modèle est en danger, au bord de la rupture. Notre protection maladie, notre hôpital public, notre médecine de ville, notre capacité de financements de nouveaux traitements et notre démocratie sanitaire sont fragilisés et menacés.

Médecins du Monde entre en campagne

Nous devons prendre conscience de l’état d’urgence absolue dans lequel se trouve notre système de santé. Nous devons faire des choix politiques forts et concrets. Car face aux mesures répressives et discriminantes, face aux inégalités qui s’accroissent, nous sommes convaincus qu’une autre voie, solidaire et inclusive, est possible.

Une voie respectueuse des droits humains qui ne marchande pas l’accès à la santé. qui prend soin de tous et toutes. Nous exigeons de pouvoir vivre dans une France qui prend soin de toutes et tous, dans un environnement sain, propice à la santé.

Médecins du Monde décide de s’infiltrer dans la campagne et de faire entendre ses 10 propositions pour remettre la santé au cœur des priorités politiques.

Nos 10 propositions pour sauver le système de santé

1. LA SANTÉ DOIT RESTER UN DROIT UNIVERSEL.

Médecins du Monde défend une couverture santé réellement universelle de qualité sur tout le territoire, en métropole et outre-mer, pour toutes et tous, quel que soit leur statut administratif, sans discrimination d’aucune sorte.

En France, de plus en plus de personnes renoncent aux soins pour des raisons financières. Le coût des soins ainsi que l’absence de couverture maladie, liée notamment à la complexification des démarches administratives, constituent des barrières à l’accès aux soins.

Dans ce contexte, l’hôpital public, dont la mission est d’offrir un égal accès à toutes et à tous à des soins de qualité, constitue une porte d’entrée privilégiée pour les personnes les plus exclues et les plus précarisées. Pourtant, il souffre aujourd’hui d’un manque de moyens humains et matériels.

2. POUR UN SYSTÈME DE SANTÉ HUMAIN ET NON MARCHAND

Médecins du Monde milite pour un système de santé non marchand, fondé sur l’humain plutôt que sur la rentabilité. Nous demandons un accès aux soins équitable pour toutes et tous, et plaidons pour que les outils et les technologies médicales soient des biens publics mondiaux.

En Europe, l’équilibre des systèmes de santé est mis en tension par l’augmentation croissante du prix des traitements innovants contre les cancers et les maladies rares.

Nous affirmons donc que l’État doit repenser sa gouvernance pharmaceutique afin d’intervenir davantage dans la recherche et le développement, ainsi que dans la production des traitements. Nous plaidons également pour une régulation du marché pharmaceutique et un contrôle des brevets sur l’innovation médicale pour préserver le principe de solidarité propre à l’Assurance Maladie.

3. TOUTE PERSONNE MIGRANTE DOIT ÊTRE ACCUEILLIE AVEC DIGNITÉ

Médecins du Monde lutte contre la persécution des migrants qui fuient leur pays et milite pour un accès aux soins inconditionnel et pour un accueil plus humain qui leur permette de mieux trouver leur place en tant que citoyens.

La pauvreté, la faim, les discriminations, la violence, la guerre, l’espoir d’une vie libre et d’un avenir meilleur sont autant de raisons qui poussent des personnes à quitter leur pays.

Quelle que soit leur origine, la France se doit d’accueillir dignement ces personnes, dans le respect des droits humains, sans exception ni dérogation.

4. Pour un système de santé fondé sur la démocratie

Médecins du Monde plaide pour un système plus inclusif et pour une véritable démocratie de la santé. Nous défendons une refonte de la gouvernance du système qui se base sur les besoins réels de la population, et non sur des logiques comptables ou marchandes.

Alors que la crise sanitaire a montré combien les décisions de santé passent par des réseaux d’experts sans débat public, nous pensons que la condition pour agir contre les inégalités de santé est de concevoir des politiques à partir des besoins réels des personnes.

Il est nécessaire d’impliquer les populations dans des démarches participatives en développant des processus et des lieux de démocratie en santé à l’échelon local, régional et national.

5. Les droits de l’enfant doivent être respectés

Médecins de Monde exige que les exilés mineurs non accompagnés soient reconnus comme des enfants en danger et bénéficient de la protection et des soins auxquels ils ont droit.

Les mineurs non accompagnés, garçons et filles, sont soumis à des pressions administratives, à la remise en question de leur minorité, à des tests et interrogatoires répétés qui aboutissent souvent à leur exclusion du système de protection de l’enfance. Ils sont de fait trop souvent considérés comme majeurs, rejetés et donc mis en danger.

6. Pour des conditions de vie dignes et pérennes

Médecins du Monde défend l’accès à un logement digne, salubre et pérenne pour toute personne vivant sur le territoire.

L’accès à un logement est l’un des déterminants essentiels de la santé. La rue, les camps informels, les bidonvilles, les habitats précaires, indignes et insalubres, affectent l’état de santé comme le suivi médical des personnes qui y vivent.

La France ne peut accepter que l’état de santé des personnes soit dégradé faute d’habitat.

7. Pour une véritable politique de réduction des risques, la protection plutôt que la répression

Médecins du Monde condamne les politiques répressives à l’encontre des usagers et usagères de drogues et des travailleurs et travailleuses du sexe et demande que des mesures adaptées et non discriminantes soient mises en place pour leur protection.

En matière d’usage de produits stupéfiants ou de travail du sexe, l’impact délétère des politiques répressives sur les populations concernées n’est plus à prouver.

Nous encourageons l’État français à prendre des mesures pour leur protection en finançant des dispositifs de réduction des risques et en créant un cadre légal (abrogation de la pénalisation du client, régulation de l’usage des stupéfiants) permettant de garantir l’accès effectif à la santé.

8. Pour un système de santé plus inclusif

Médecins du Monde plaide pour une meilleure prise en compte des inégalités de genre en santé et une attention constante au respect des droits sexuels et reproductifs.

Les obstacles à l’accès à la santé sexuelle et reproductive sont encore nombreux, en particulier pour les personnes les plus éloignées des systèmes de soin. Par ailleurs, les inégalités de genre ont des conséquences directes sur la santé des personnes et fragilisent particulièrement les femmes, les filles et les personnes transgenres.

Nous militons donc pour une approche féministe de la santé et demandons à la France de prendre des mesures concrètes pour se montrer à la hauteur des engagements qu’elle porte pour la santé des femmes sur la scène internationale.

9. L’accès aux soins doit être garanti en situation de crise

Médecins du Monde demande à la France de respecter les engagements pris au regard du droit international humanitaire.

En exacerbant les vulnérabilités et les inégalités, les crises ont un impact profond sur la santé des personnes. Conflits, insécurité alimentaire, épidémies, changement climatique, les crises se complexifient et se multiplient, affectant un nombre croissant de personnes.

La France a sa part de responsabilité. Elle contribue directement ou indirectement aux causes ou au déroulement, voire à la non résolution de ces crises humanitaires. En tant que membre du Conseil de sécurité des Nations unies, elle doit contribuer à leur résolution et prendre en compte les besoins humanitaires : financement, protection des acteurs humanitaires et des personnels de santé, et préservation des couloirs humanitaires de plus en plus menacés.

10. La France doit réduire l’impact du changement climatique

Médecins du Monde réclame des politiques exigeantes pour réduire l’impact du changement climatique sur la santé des populations, notamment les plus vulnérables.

Le changement climatique est une réalité qui se manifeste chaque jour plus intensément. C’est une menace pour la santé qui affecte de manière disproportionnée les plus vulnérables, notamment les enfants, les populations plus âgées, les communautés les plus pauvres et les personnes souffrant de pathologies.

Nous demandons à la France de prendre des mesures pour limiter le réchauffement climatique en mettant un terme aux financements des gros pollueurs et en adoptant une loi climat ambitieuse.

SANTÉ : URGENCE ABSOLUE